L’urée

 

La structure de l’urée

L’urée est une molécule de structure très simple contenant les 4 éléments essentiels à savoir le carbone (C), l’oxygène (O), l’hydrogène (H) et l’azote (N). Sa formule condensée est CO(NH2)2, sa représentation chimique étant la suivante :

D’origine organique, c’est en 1828 que Friedrich Whoeler parvient à en maitriser la synthèse chimique. Depuis, l’urée est l’une des molécules les plus produites dans le monde, son principal usage étant l’apport d’azote dans l’agriculture sous forme de granulés.

L’urée dans le métabolisme

Mais avant tout, l’urée est un produit de dégradation de l’ammoniac dans les organismes uréolytiques dont fait partie l’être humain. La principale origine de cet ammoniac (mais pas la seule) est la dégradation des acides aminés en excès. La dégradation des protéines dans l’estomac et l’intestin conduit à la production d’acides aminés qui contrairement à d’autres constituants (glucides, lipides) ne sont pas stockés. S’ils ne sont pas utilisés, ils sont catabolisés par le foie, en produisant de l’ammoniac toxique pour l’organisme au delà d’un certain seuil. C’est pour en assurer l’élimination qu’intervient le cycle de l’urée qui va permettre la transformation de ce dernier en urée. C’est l’uréogénèse dont voici le schéma simplifié :

L’urée est alors filtrée par les reins puis évacuée par l’urine qui en a pris le nom.

En savoir plus : 1, 2 (PDF), 3 (PDF)

L’urée et l’hydratation de la peau

L’urée est également un des constituants hygroscopiques (i.e. capable de retenir/absorber l’eau) de ce que l’on appelle les NMF présents dans la peau (Natural Moisturizing Factor, facteur d’hydratation de la peau).

La peau est constituée d’une série de couches que l’on peut en simplifiant séparer en deux : le derme et l’épiderme, ce dernier étant la partie la plus externe exerçant l’essentiel de la fonction de barrière cutanée. Cette dernière doit protéger l’organisme des corps étrangers mais avant tout préserver ce dernier de toute déshydratation. Si l’eau constitue 60 à 65 % du poids d’un individu adulte, la peau dans son ensemble présente un gradient décroissant de l’intérieur vers l’extérieur : si le derme contient 6 à 8 litres chez un adulte, l’épiderme n’en contient plus que 120 ml environ. La couche la plus externe de l’épiderme, la couche cornée, ne comporte pas plus de 20 ml au total. Bien évidemment, tout déséquilibre interne – lié à une pathologie ou à l’âge – ou toute agression externe (physique ou chimique) sont susceptibles d’altérer ces propriétés et de conduire à un dessèchement plus accentué de la peau qui perd alors de son élasticité. Une sécheresse excessive qui évolue vers l’apparition de crevasses peut créer des portes d’entrées pour les bactéries.

Les NMF sont constitués d’acides aminés (40%) et de leurs dérivés, de sels de l’acide lactique (12%), d’urée (8%) et de divers électrolytes. Ils participent au maintien de la cohésion des cellules de la couche cornée en agissant de façon complémentaire à celle-ci qui agit comme un « mur », selon le modèle de « briques et mortiers », avec les cornéocytes reliés entre eux et soutenus par une matrice de lipides. Les cornéocytes sont la dernière étape de l’évolution des kératinocytes qui se produit entre la couche basale et la couche cornée (voir encadré de l’image ci-dessus). Les NMF quant à eux agissent par leurs caractéristiques hygroscopiques en retenant l’eau. Dans une peau saine, on trouve généralement environ 28 microgrammes d’urée par cm2. Cette quantité peut être réduite de moitié dans une peau sèche et jusqu’à 80% dans les cas d’eczéma.

L’urée dans les traitements de la peau

Les stratégies habituelles de traitement des peaux desséchées utilisent deux grandes voies : l’hydratation (hydratants, humectants) et la limitation de l’évaporation (occlusion). L’utilisation de l’urée dans le domaine des traitements dermatologiques s’appuie sur deux caractéristiques principales : ses propriétés émollientes (lorsqu’elle est utilisée à faible concentration, de l’ordre de 10%) et son effet d’agent kératolytique (à des concentrations plus élevées : 20-30%). En facilitant l’élimination des couches les plus superficielles, l’urée pénètre l’épiderme où ses propriétés hygroscopiques vont pouvoir jouer leur rôle en retenant les molécules d’eau. En résumé :

L’urée améliore la capacité de la peau à retenir l’eau L’urée réduit la perte hydrique de la peau
L’urée rend les cellules de la peau plus hydrophiles L’urée élimine les squames grâce à ses propriétés kératolytiques